Histoire de tatouage

Crédit photo : Tatouage polynésien, Gotz. Pacifique Promotion Tahiti
Crédit photo : Tatouage polynésien, Gotz. Pacifique Promotion Tahiti

Ça y est, c’est le jour J. J’ai mal dormi, la pleine lune brillait fort la nuit dernière. Mais, c’est le bon jour pour le tatouage. Je me suis décidée à passer à l’action cette semaine et j’ai eu un rendez-vous pour le lendemain. Là, c’est sûr, c’est confirmé, c’est le bon moment. Plus moyen de reculer. J’arrive au salon de tatouage, je ne suis pas sereine. En fait, mon cœur pulse rapidement à l’intérieur de moi. Ce n’est pas mon premier tatau, mais j’appréhende de sentir l’aiguille piquer ma peau. Allez, on se relaxe. Assise dans le salon j’attends, je scrute la salle. Mon voisin fait de même.

Mon tatoueur arrive. En fait, je ne le connais même pas. Mais, je ne sais pas pourquoi, mais quand on m’a dit qu’il était disponible aujourd’hui, j’ai pensé que c’était un signe. J’ai pensé que c’était LUI qui devait me tatouer. On discute un peu sur la forme, les motifs et les significations. Lui est cool, à la locale. Un vrai polynésien. La playlist de reggae hawaïen démarre. Ca y est, je me détends enfin, je me mets dans l’ambiance.

Il commence à me faire les tracés sur le bras, le poignet et la main. Oulàlà, ça va remonter loin ce tatouage. Des pensées continuent à tourbillonner dans ma tête. Il efface tout et recommence. Il me dit : « Toi, ça va mieux t’aller le local, on va pas partir dans le style moderne finalement ». « Ok alors, je te fait confiance ». Là, je vois les traits concentriques tracés au stylo tout le long de mon bras. Je pense aux mains tatouées de femmes marquisiennes. Oui, c’est ça. J’en ai toujours rêvé, elles m’ont toujours inspirées. Mais je ne savais pas quand je passerais à l’action.

A côté de moi, mon voisin se fait aussi dessiner la forme de son futur tattoo au stylo. « Pour moi, c’est un dépucelage » me dit-il. Ah oui, en effet, méga le dépucelage. Lui va se faire encrer la moitié du dos. Finalement, ça va être de la rigolade pour moi. Le traçage terminé, mon tatoueur prépare son matériel. Waou, j’aime déjà ce qu’il m’a dessiné. J’entends le premier son de la machine à tatouer. Ça y est, c’est le moment fatidique.

Je sens l’aiguille venir sur ma peau. Ça va, la douleur est acceptable. Je me dis que c’est un bon tatoueur, qu’il ne va pas me faire mal, je me dis que ça va bien se passer. Mon tatoueur est toujours aussi détendu, les autres aussi. Oui, c’est ça le tahitian style. Je ressens qu’ils sont passionnés. Je ressens qu’ils travaillent avec le cœur. La musique résonne dans les enceintes. Au fur et à mesure que l’aiguille encre ma peau, celle-ci devient plus sensible. Mes sens sont décuplés. Je me laisse aller, j’ai l’impression d’être enivrée.

Je repense à cette phrase : Ne résiste pas, accepte la douleur. Ce livre de légendes polynésiennes modernes raconte l’histoire d’une personne qui se fait tatouer. La souffrance, c’est le tatau. Prend la douleur. Ca m’aide à l’accepter, la ressentir et la laisser repartir. Elle va et vient avec la vibration de la machine. J’ai mal mais ma peau n’est plus tendue.

J’entends un autre boyz gémir de temps en temps. Il se lève régulièrement pour voir regarder son tatouage dans le miroir. Puis, il décide de mettre de la musique locale, on se croirait au Kikiriri. Les basses tapent dans mes oreilles. Ca devient violent. La douleur devient plus intense. Je vois les motifs marquisiens se dérouler sur ma peau. Minutieux travail. Je sens que les esprits des dieux entrent dans mon corps. Je regarde pour la centième fois la peinture du tiki sur le mur. J’ai hâte que la séance se termine ; la fatigue et la douleur deviennent de plus en plus accrues.

Un tatoueur se lève et change la musique. Ouf, ça fait du bien. Le reggae du pacifique correspond mieux à l’ambiance cool du studio. C’est au tour du dernier motif de ma main à être piqué. « Ça, c’est le ciel serein, ça signifie le voyage ». C’est parfait pour moi. Les dernières sensations de l’aiguille sont douloureuses. Ma peau et mes os souffrent un peu plus à chaque fois. Je respire à plein poumon, ferme les yeux. Je lâche prise. C’est enfin terminé. Je vois le chef d’œuvre polynésien sur ma peau. C’est magnifique. Je suis fatiguée. Je suis satisfaite. Je suis comblée. Un nouveau mana fait maintenant partie de moi. Je sens la force du Tatau. Je sens la force en moi. Mauruuru.

-Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite-

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